DE C. Timmerman

philippe-martinez-lors-de-la-cloture-du-congres-de-la-cgt-le-22-avril-2016-a-marseille

Après avoir contraint le gouvernement à utiliser l’article 49,3 pour passer en force et ainsi ne pas perdre la face quand, tant le président de la république que son premier ministre battent des records d’impopularité, on assiste depuis quelques jours à un très curieux retournement de l’opinion.

Primitivement l’esprit de la loi Macron, présentée par le Ministre du Travail Myriam El Khomery, était de casser le carcan insensé imposé à travers le Code du Travail et de libéraliser l’emploi.

Evidemment – à l’image de ce qui se passe dans l’immense majorité des pays d’Europe – la libéralisation de l’emploi passe par l’acquisition d’une certaine souplesse dans les conditions d’embauche et de licenciement… Cette libéralisation a conduit dans tous les grands pays industrialisés d’Europe à une capacité d’embauche qui a permis de diviser par deux le taux de chômage, qui à l’inverse reste en France à un niveau exceptionnellement élevé…

Ajoutons à cela que la France a des syndicats extraordinairement politisés où le dogmatisme et l’idéologie partisane l’emportent, et de loin, sur l’intérêt des travailleurs qui le savent depuis très longtemps : on ne doit pas s’étonner donc de ce que le taux de syndicalisation en France est l’un des plus bas du monde !

C’est ainsi que la fameuse CGT ne représente pas même 10% des travailleurs !

Mais c’est ce qu’on appelle ici un syndicat « représentatif » !

La loi prévoyait initialement le plafonnement des indemnités de licenciement, une mesure indispensable !

En effet si les Instances Prud’hommales accordent des indemnités en fonction des capacités financières des entreprises – ce qui est hélas le cas – on est en présence d’une double injustice :

– d’une part les ouvriers, licenciés par une entreprise qui dispose encore de capacités financières importantes, se trouvent abusivement « privilégiés » par rapport aux ouvriers licenciés dans les mêmes conditions par une entreprise financièrement exsangue : une discrimination insupportable !

– d’autre part – sauf pour les idéologues obsessionnels – le licenciement ne procède jamais d’une « volonté d’exploitation kleenex des travailleurs », mais bien d’une contrainte de gestion dans un contexte économiquement tendu. Priver alors – par le biais  d’indemnités faramineuses à verser – la société considérée de ses capacités de trésorerie ne peut conduire qu’à mettre sa survie et péril, et lui interdit toute capacité de réembauche à terme…

Pire, en s’attaquant ainsi à ses capacités financières, c’est sa survie et ses capacités de développement qui sont oblitérées…De ce fait ce sont les emplois encore conservés grâce à ces licenciements qui se trouveront menacés !

Le gouvernement de François Hollande a pourtant cédé sur ce point, vidant par là même la loi d’une grande partie de sa substance.

Si on ajoute à cela d’autres « réaménagements », dans la version votée à l’Assemblée, la loi n’est plus aujourd’hui qu’une coquille vide !

 

Dès lors, pourquoi voit-on depuis huit jours une telle levée de boucliers menée à l’initiative de la CGT ?

Tout simplement parce que l’article 2 de cette fameuse loi prévoit – ce qui semble des plus légitime – la primauté des accords d’entreprises sur les accords de branche !

Autrement dit, c’est le rôle même des syndicats, tel qu’ils l’ont construit et vécu depuis des décennies, qui est remis en cause : le monopole des négociations, la position d’intermédiaire obligatoire dans les négociations !

Un « péril » que la CGT déjà en perte de vitesse depuis des années – et qui n’a plus de « représentatif » que le nom – a bien compris.

Les manifestations actuelles n’ont donc plus pour but la défense des intérêts des travailleurs, mais bien la défense du monopole syndical de négociation à travers les salariés, pris par eux en otage, au le seul bénéfice de la position des syndicats !

Mais les syndicalistes savent très bien que l’impopularité record du gouvernement va leur servir !

Nous sommes en mai, certes, mais 2016 n’est pas 1968 : la France n’est plus riche, elle est exsangue, elle croule sous le chômage et la dette et il n’y a rien à espérer d’une contestation sociale !

Alors comment expliquer le développement d’une telle contestation ?

Simplement parce que faute d’avoir pu s’opposer à ce gouvernement – honni et dénoncé par l’immense majorité des Français – cette loi apparaît la dernière occasion donnée au peuple pour se débarrasser du gouvernement Valls !

Résultat : les Français soutiennent aujourd’hui massivement la CGT parce que c’est la seule structure qui s’oppose – avec semble-t-il efficacité – au gouvernement !

Les raffineries sont bloquées, les transports commencent à être paralysés, faute de bitume le BTP va massivement procéder à des mises au chômage technique, la paralysie gagne les ports et les aéroports…

Pourtant les Français, qui font la queue des heures pour récupérer 20 litres de carburant, soutiennent massivement le mouvement et s’opposent au déblocage des raffineries !

Les sondages sont accablants :

http://www.francetvinfo.fr/economie/automobile/essence/les-forces-de-l-ordre-doivent-elles-debloquer-les-raffineries_1465443.html

http://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/carriere/vie-professionnelle/droit-du-travail/soutenez-vous-les-manifestations-contre-la-loi-travail_1468875.html

 

 

 

Une manipulation idéologique extraordinaire qui prend en otage les travailleurs et les populations au seul bénéfice de l’affirmation  du pouvoir des syndicats !

 

Les Français – bien que très majoritairement hostiles à la CGT – suivent aujourd’hui massivement ses mots d’ordre, uniquement motivés par le rejet du gouvernement !

 

Un joli paradoxe : les Français aujourd’hui se battent pour légitimer des syndicats, qui ne représentent pas la majorité des travailleurs, et qu’ils réprouvent très majoritairement !

Tout cela dans l’espoir de faire enfin tomber le gouvernement Valls, le plus impopulaire jamais vu depuis la guerre !

Mais en venir sacraliser la CGT pour cela, contre l’intérêt même des salariés, est un jeu bien dangereux !

 

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Une réflexion sur “De la « défense des salariés »… à des salariés otages des syndicats

  1. j’adore la façon dont vous journalistes pérorez sur tout et sur rien…
    Ancien cadre de la pétrochimie, et syndiquée CFE CGC…. je me demande si un jour, un seul vous avez réellement travaillé, et qui plus est dans l’industrie ???
    Avez vous jamais eu à cotoyer des ouvriers lors d’un grand-arrêt d’usine pétrochimique, avez vous seulement imaginé ce que pouvaient être les conditions de travail des personnels que l’on va chercher un peu n’importe ou en Europe et ailleurs ? eh bien laissez moi vous dire que heureusement pour ceux là il y a des syndicats « non représentatifs » !!!! Alors avant vos discours moralisateurs, vos digressions sur le fait que les ouvriers (oui je me considère comme en faisant partie) ne travaillent pas assez, sont des ânes qui ne comprennent pas que les gens biens -les politiques, vous, ceux qui philosophent sans fin et qui profitent du système quand les autres participent à la création des richesses- eux possèdent la vérité, alors laissez moi vous dire : rédigez un CV, postulez à un vrai travail – pas un emploi- et alors on verra de quoi vous êtes capables, hors gérer le ministère de la parole, et nous verrons bien si vous êtes toujours aussi persuadé que les syndicats fouteurs de m… et non représentatifs ne servent à rien …. bien le bonjour messieurs et mesdames les manipulateurs de mots !

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