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ZOOM – La Commission consultative des droits de l’homme vient de rendre son premier rapport sur la « lutte contre la traite et l’exploitation des êtres humains en France », qui dresse un vaste état des lieux. L’occasion de déconstruire de nombreuses idées reçues sur les responsables de cette traite et les profils des victimes. Mais le phénomène reste encore dur à chiffrer

Rhania a 8 ans. Elle habite au Maroc, elle est malade. Quand sa mère décède, la fille d’un ami de son père l’emmène en France. Elle promet que la petite y sera bien soignée. En réalité, Rhania n’est pas scolarisée. Elle devra s’occuper pendant des années des enfants de sa famille d’accueil et des tâches ménagères. Idem lorsqu’elle sera placée dans d’autres familles de région parisienne.

Il y a aussi Bernard, qui a « travaillé » dans une entreprise familiale agricole pendant 40 ans, dormant sur place, effectuant plus de 50 heures de travail hebdomadaires, sans congé, ni suivi médical. Pour 20 euros par semaine. Les histoires de Rhania et de Bertrand, qui ont été recueillies par le Comité contre l’esclavage moderne et l’association SOS Esclaves, sont loin d’être isolées. Car la traite des humains existe bel et bien encore en France. Les deux associations indiquent recevoir chaque année des centaines de signalements de personnes exploitées. Un rapport inédit de la Commission consultative des droits de l’homme, la « lutte contre la traite et l’exploitation des êtres humaines » montre que cette réalité est encore largement méconnue.

De multiples visages de l’esclavagisme

La traite revêt en effet de multiples visages : femmes, enfants ou hommes contraints à se prostituer, esclaves domestiques reclus dans des maisons, migrants se tuant à la tâche dans des ateliers de confection clandestins, mineurs contraints à la mendicité… Dans le monde, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) estime qu’environ 2,5 millions de personnes sont victimes de traite chaque année, et 21 millions victimes de travail forcé. En France, l’ampleur du phénomène est dure à appréhender, basée sur les infractions constatées par les forces de l’ordre et les condamnations.

Ainsi, 483 infractions ont été relevées par les services de police ou gendarmerie en 2014, et 516 de janvier à mai 2015. Parmi ces infractions, la prostitution est surreprésentée, avec 255 cas en 2014, et 313 en 2015, suivi des conditions de travail et d’hébergement indignes (112 cas en 2014). Côté tribunaux, 420 affaires de traites ont été recensées par les services judiciaires en 2013 et 728 personnes ont été condamnées. Reste que ces chiffres restent largement sous-évalués. « Les victimes potentielles ne s’auto-identifient pas forcément en tant que telles, et elles ne dénoncent que rarement les faits dont elles font l’objet », insiste la CNCDH, qui pointe aussi une réelle insuffisance de moyens consacrés en France à l’identification des victimes. Ce qui explique aussi la prédominance des faits de proxénétisme sur les autres infractions, bien plus ciblés par les forces de police.

Les femmes et les étrangers surreprésentés

Seule certitude, dans les profils de ces esclaves, l’immense majorité est d’origine étrangère. Et la traite concerne les deux sexes, et tous les secteurs d’activité. Les femmes et les jeunes filles sont ainsi surreprésentées dans les situations d’esclavage domestique. Mais les hommes se trouvent eux aussi en situation de servitude dans des domaines comme le bâtiment, les services, l’artisanat, ou encore le monde agricole. Parmi ces esclaves, beaucoup de mineurs, estime la CNCDH qui pointe leur situation « alarmante ». La plupart viennent des Balkans (Albanie, Bosnie, Bulgarie, Roumanie et Serbie entre autres), même si depuis quelques années, nombreux sont aussi les enfants arrivés du Nigéria, du Maroc, d’Afghanistan ou de Chine. « Beaucoup ne sont pas présents en France de manière pérenne, mais circulent d’un pays européen à l’autre », indique la CNCDH. En France, les mineurs moins concernés par l’exploitation sexuelle que par la mendicité forcée. On les trouve également incités à commettre des crimes et des délits, tels que les vols à la terrasse des cafés, aux distributeurs de billets, ou encore les « arnaques à la charité ».

Côté responsables, là encore, par manque de données statistiques, le profil type des auteurs de ces méfaits est difficile à définir. Certains stéréotypes, comme la figure du richissime diplomate ou l’idée de réseaux mafieux tentaculaires existent bien, mais l’exploiteur individuel, ou la cellule familiale, sont des réalités tout aussi répandues. « On retrouve la traite des appartements du 16e arrondissement de Paris aux HLM de Gennevilliers, en passant par les pavillons de Marseille », explique ainsi la CNCDH. Les associations de terrain font souvent remonter, par exemple, le cas de la famille mixte de classe moyenne, dont l’un des membres, originaire d’Afrique ou d’Asie, propose à un membre de la famille élargie d’accueillir une jeune parente, cousine, nièce, en échange de « menus travaux »… Ou encore le cas de ces riches expatriés qui reviennent en France en ramenant avec eux la domestique à bas coûts qui les servait… Sans même réaliser que leur démarche était totalement illégale.

http://www.metronews.fr/info/la-traite-des-humains-existe-encore-en-france-qui-sont-ces-esclaves-des-temps-modernes/mpck!wHxH3I9GnlaQ/

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